Freud, Reich et Gerda
Un peu de théorie…

La psychologie biodynamique s’inscrit dans le courant des thérapies psycho-corporelles  néo-reichiennes.

Wilhem Reich (1897-1954), personnalité importante du premier mouvement  psychanalytique, démontre la correspondance entre le refoulé psychique décrit  par Sigmund Freud, dont il était l’élève, et le corps réprimé.

Ses concepts d’armure musculaire et d’énergie  vitale expliquent comment la névrose “s’encapsule” dans la structure musculaire. Dans ce courant de recherche, Gerda Boyesen, née en 1922, apporte ses découvertes  et crée la  psychologie biodynamique à partir des années 50 en Norvège.

Elle développe la  notion de cuirasse tissulaire, s’intéresse tout particulièrement aux réactions végétatives liées au  stress, et découvre le psychopéristaltisme (les gargouillements du ventre) et la  capacité des  intestins à digérer et réguler les émotions.

Ainsi aux acquis du travail reichien sur la structure musculaire et sur l’expression émotionnelle, et à ceux de la psychanalyse avec son emphase sur la parole et la libre association, la psychologie biodynamique ajoute son action particulière sur l’intégration viscérale des affects de l’autorégulation.

 

Les principes de base de la psychologie biodynamique

Le noyau sain ou personnalité primaire

La psychologie biodynamique part du principe que toute personne est dotée d’un noyau sain. Elle le définit comme étant la partie profondément vivante en chacun et qui n’est jamais autodestructrice (à l’opposé du concept de Thanatos chez Sigmund Freud).
C’est la personnalité de base, dotée d’une disposition amicale envers elle-même et le monde, capable de plasticité face aux événements de la vie, de souplesse et de fermeté, de créativité et de protection. Le noyau sain est doté d’une capacité d’auto-régulation et permet d’accéder à une forme de bien-être indépendant.
La personnalité primaire est l’expression du noyau sain dans le monde, elle est la manifestation du potentiel profond de chacun.

La capacité d’auto-régulation et le psychopéristaltisme

Dans son interaction avec le monde, le noyau sain est vu comme doté d’une capacité à maintenir son intégrité face à chaque nouvelle situation et à intégrer toute nouvelle expérience afin d’actualiser son potentiel.

Pour cela il dispose de systèmes d’auto-régulation physiologique (ex : régulation de la température du corps…) et psychique (ex : rêves…). Pour Gerda Boyesen, le psychopéristaltisme est un système d’auto-régulation de l’organisme qui joue un rôle crucial dans la régulation des émotions.

Il est activé par les mouvements fluidiques dans les parois intestinales. De nombreuses recherches montrent que les émotions s’associent à la dynamique des fluides dans l’organisme (larmes, décharges végétatives).

Les substances véhiculées par les fluides peuvent se transformer en résidus métaboliques si l’émotion est bloquée. Le psychopéristaltisme résulte d’une remise en route de mouvements fluidiques (par le massage ou autre technique thérapeutique) et permet, entre autres, l’élimination de ces résidus.

On dit alors que le corps digère les émotions bloquées. Il s’ensuit généralement un meilleur état d’être pour la personne. Le psychopéristaltisme produit des sons écoutés à l’aide d’un stéthoscope. En thérapie, le psychopéristaltisme apparaît au-delà de toute méthode quand un problème trouve une solution satisfaisante et qu’il peut donc être régulé par l’organisme.

La personnalité secondaire

Les travaux sur le développement de l’enfant (Jean-Pierre Relier, Daniel Stern, Luciano Rispoli, Edward Tronick, Costa…) montrent que les expériences négatives non intégrées de l’enfance ont des répercussions fondamentales sur l’adulte tant au niveau de sa santé, de sa capacité relationnelle que de son bien-être personnel.

Pour se protéger contre une situation chroniquement inadaptée ou traumatisante, l’enfant crée un système de défense (structure caractérielle) qui s’inscrit aux niveaux physiologique et psychologique.

La psychologie biodynamique reprend la notion reichienne de personnalité secondaire qui est le résultat d’un compromis effectué par la personnalité primaire dans un effort d’intégration des incohérences environnantes.

La personnalité secondaire est formée de blocages et de systèmes figés : fixations mentales, émotions bloquées, cuirasses physiques. Elle cherche à répondre aux demandes environnantes et perd le contact avec le noyau sain.

Le bien-être indépendant

Il est pensé que lorsqu’une personne agit depuis sa personnalité primaire, elle expérimente des sensations internes cohérentes et satisfaisantes. Elle peut développer une intimité avec elle-même, sans crainte de la solitude, qui lui permet d’avoir une autonomie face aux demandes ou aux refus de l’entourage.

Ce bien-être indépendant est une clé vers l’individuation, vers la capacité à faire des choix profonds en accord avec sa vraie nature.

La somatisation ou incorporation de la névrose et les cuirasses

La somatisation est la prise en charge par le corps d’un problème pour lequel la personne n’a pas de solution consciente satisfaisante. En psychologie biodynamique on parle alors de névrose incorporée.

Partagée entre plusieurs nécessités paradoxales (par ex : morale et instinctuelle), la personne se trouve bloquée dans une situation dont elle ne trouve pas l’issue. Pour se débarrasser de la prolongation de cette souffrance psychique, le corps inhibe la sensation et l’organisme somatise, quitte à sacrifier certaines parties moins essentielles.

Cette adaptation va surcharger certaines fonctions ou parties du corps et en affaiblir d’autres, apportant divers troubles physiologiques. Les cuirasses, musculaires (Wilhelm Reich) ou tissulaires (Gerda Boyesen), sont le résultat de cette somatisation. Le tonus et la teneur chimique des muscles et des tissus sont modifiés, il en résulte un dysfonctionnement de ces derniers.